L’explosion de l’atelier de chargement d’obus de Moulins-Yzeure, par André Vessot


La ville d'Yzeure commémore solennellement l'explosion - Crédit photo : Sébastien Joly

La Gazette-Web est issue de la liste de discussion « Nos ancêtres au quotidien » dans le dernier numéro vous pouvez y lire notamment un article sur l’explosion de l’atelier de chargement d’obus de Moulins-Yzeure, le 2 février 1918.


Histoire locale
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L’explosion de l’atelier de chargement d’obus de Moulins-Yzeure, par André Vessot
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C’était il y a 100 ans ! Tandis que sur le front la boucherie continue, à l’arrière les usines de chargement d’obus tournent à plein ; les ouvriers de ces ateliers, hommes et femmes, paient aussi parfois un lourd tribu à l’effort de guerre. C’est le cas à Yzeure ce 2 février 1918, mais d’autres catastrophes suivront à Neuville-sur-Saône, Vénissieux...

Ouvert le 22 février 1916 au lieu-dit La Motte, l’atelier de chargement d’obus d’Yzeure employait 8348 salariés (hommes et femmes). Il y avait un stock de 3 millions d’obus chargés ou engins explosibles, 2 400 tonnes de poudres et explosifs, 1 400 hectolitres d’alcool, essence ou acétone. C’est le 2 février 1918 (1279e jour de guerre) qu’eurent lieu les premières explosions dans cet atelier.

Le courrier de l’Allier du 5 février 1918 relate cette catastrophe 

La première explosion se produisit vers 9 heures, le samedi soir. Extrêmement violente, elle fit trembler les vitres et les murs, et sursauter les gens, à plusieurs kilomètres à la ronde. Comme on était encore sous l’impression du bombardement aérien de Paris, la pensée qui vint aussitôt à beaucoup fut celle-ci « C’est un avion boche ! » Mais le ciel très clair, ne recélait rien de ce genre et, de fait, il est établi que la cause de l’explosion est purement accidentelle. Une petite explosion préalable, perçue seulement à l’atelier, y avait mis tout le monde en alerte, si bien que lorsque celle dont nous venons de parler se produisit, le personnel, qui se tenait prêt à partir, put en très grande majorité gagner aisément le large avant que le danger se fût accru.



Une nuit d’épouvante

Dix minutes après, on put voir une immense gerbe de flammes s’élever de l’atelier, et une nouvelle détonation, encore plus forte que la précédente, retentit. Des gens qui se trouvaient hors de leur maison furent pris comme dans un formidable tourbillon d’air et renversés. En même temps, et dans un rayon de trois et quatre kilomètres, une averse de cendres, où se mêlaient des flammèches, se mit à tomber, avec un bruit de fin grésil.
Dès lors les explosions se succédèrent sans une seconde d’interruption jusqu’à 6 heures et demi du matin, plus fortes lorsqu’au lieu d’obus , ou de détonateurs, c’étaient des dépôts de poudre qui sautaient, avec de grandes lueurs, cependant qu’une épaisse fumée, poussée par le vent d’ouest , voilait un tiers du ciel. Le tout faisait l’effet d’un formidable bombardement, dans cette nuit d’épouvante.
Dès les premières détonations, beaucoup de familles avaient couru se réfugier dans les caves, où l’on n’était du reste pas très certain d’être en sûreté. Plusieurs personnes sont mortes de saisissement et l’on nous cite notamment le cas d’un vieux jardinier de la route de Lyon, Pierre Billon, âgé de 74 ans, qui expira ainsi dans sa cave. On nous donne également , comme morts d’émotion, un journalier de la rue des Geais, M. Jules Leclet, âgé de 61 ans , - qui comme le précédent, était atteint d’une maladie de coeur, - et une habitante des Robins, commune de St Ennemond, Mme Renaud.


Si un certain nombre de personnes, à Moulins et à Yzeure, restèrent jusqu’au bout, angoissées, dans les sous-sols, la plus grande partie de la population résolut de fuir l’insécurité des maisons ébranlées. Ce fut alors vers la banlieue, et vers une banlieue même fort lointaine, - des gens allèrent à pied jusqu’à Chantenay-Saint-Imbert, dans la Nièvre, - un exode affolé qu’accélérait chaque renforcement de l’effrayante canonnade. Des enfants furent perdus en route, et l’on nous a dit que l’hôpital général a recueilli quatre pauvres petits âgés de quelques mois, découverts abandonnés dans les rues. D’autres, séparés de leurs parents dans la cohue, partirent seuls au hasard, et il y eut, par exemple, deux fillettes qui gagnèrent une commune de la Nièvre dans ces conditions ...

Des explosions ressenties jusqu’en Haute-Loire. Les effets des grosses explosions successives ont été en ville extrêmement violents. Les déplacements d’air ont occasionné un peu partout des dégâts considérables : toitures, contrevents, vitres, fenêtres, galandages ... Les rues étaient, hier et aujourd’hui, jonchées de débris de verre, de tuiles et de plâtras. Les glaces des magasins ont été notamment fort éprouvées. Quant aux rideaux de fer ondulé, ils ont été uniformément disloqués et sortis de leur cadre, si bien que nombre de boutiques n’ont pu ouvrir ...

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