MINES DE FER | BALLADE - DÉCOUVERTE DE SAINT-LÉON AUX FORGES DE SAINT-VOIR

SUR LA ROUTE DES MINES DE FER, BALLADE-DÉCOUVERTE DE SAINT-LÉON AUX FORGES DE SAINT-VOIR

Lieu-dit Servet, où se trouve une ferme, une belle dépendance du château de Saint-Voir.

 

Genèse d'une recherche


Un jour en rendant visite à M. Pierre Viallet, nous avons discuté du patrimoine géologique de Saint-Léon, de l'ancien métier de mineur et de l'ancienne route qu'empruntaient les bœufs et leur chargement  pour descendre du Puy Saint-Ambroise jusqu'à Vaumas. Puis, un autre jour, Pierre Viallet m'apprit qu'il existait deux mines métallurgiques à Saint-Léon.

Derrière son bureau, jonglant avec l'ordinateur, la facturation, et les appels téléphoniques, il sortit un stylo et une feuille blanche et il me fit un croquis pour situer ces deux mines. Et il me dit :

- Une est ici et l'autre là, il accompagna le verbe au geste et le stylo traversa la feuille... Ce n'était pas de la colère mais de la passion agrémentée d'un large sourire. Ceux qui connaissent Pierre imagineront sans peine la scène que j'ai vécue.

J'ai donc pris la feuille et quelques jours plus tard, je tentais de me rendre sur ses " ici et là ". L'été somnolait dans la torpeur tiède inhérente à notre climat. Et j'essayais de retrouver la mine qui est ici. Elle se trouve près de la maison de Champ Bour. Et selon Pierre Viallet, c'est une mine de manganèse. 

- J'ai  toujours entendu dire que c'était une mine de manganèse souligna-t-il.  

- À la maison de Champ Bour, en voulant faire des travaux nous avons souvent fait fondre des mèches à béton car dans la pierre de la maison ont trouve du manganèse. M'avait-il précisé avant d'ajouter :

- Savais-tu que les deux maisons de Champ Bour étaient des maisons de mineurs ? Chaque jour, ils apportaient des pierres de la mine pour les construire et même le puits a été fait de ces pierres.    

Exploration du site

L'été est la saison où les arbres sont élégamment habillés de feuilles et d'aiguilles,  mais celle de ma boussole intérieure n'indiqua que ce vert camouflage allait me donner du fil à retordre pour trouver la mine. Et c'est ce qui c'est passé, dix fois je suis passé devant elle sans l'apercevoir...

C'est un mal pour un bien car à cette saison, il y a des vipères qui se cachent sous les pierres lorsqu'il fait trop chaud.

Les vipères

Chez nous la vipère hiberne jusqu'au mois de mars.  Pendant l’hiver, les vipères sont réunies en certains nombres dans des trous, sous des tas de pierres, dans des fentes de rochers, sous des souches et dans du bois mort et des fagots, où réunies et entrelacées en nombre quelquefois considérable, elles s’endorment d’un sommeil léthargique pendant les quatre mois de la rigoureuse saison. Cependant, si le thermomètre remonte à une température moyenne de quinze degrés, elles se raniment et sortent quelquefois de leurs retraites en plein mois de décembre.

Aussi, pour marcher dans nos forêts, il faut être équipé de bottes et d'un bâton et avancer lentement d'un pas lourd, les vipères sont sourdes mais ressentent les vibrations, elles s'enfuient et rarement elles attaquent.

C'est donc avec mille précautions et au printemps que j'ai photographié le minerai dans les mines proches du puy Saint-Ambroise :

Mine de fer (?) du puy Saint-Ambroise près de Champ Bour

"Falaise" de la mine de fer du puy Saint-Ambroise près de Champ Bour à Saint-Léon dans le Bourbonnais

Histoire des mines de Saint-Léon

Homme des cavernes

Selon Monsieur Bailleau membre correspondant de la Société d'émulation du Bourbonnais, les mines de fer et de manganèse étaient connues depuis le Châtelperronien. Il écrivait ces mots dans la revue de Société d'émulation en 1870 :

Dans presque toutes les cavernes habitées par l'homme, on a trouvé des fragments de minerai de fer et de manganèse. J'en ai rencontré aussi dans celle de Châtelperron. Le fer vient des mines de la montagne du puy Saint-Ambroise (commune de Saint-Léon, Allier), le manganèse de celles des Gouttes-Pommiers (commune de Saligny-sur-Roudon, Allier), localités assez rapprochées de la Grotte des fées, six à huit kilomètres environ. A quels usages servaient ces minerais ? Les anciens habitants de nos contrées voyaient-ils déjà le parti qu'ils pouvaient tirer dans l'avenir de ces minéraux ? S'en servaient-ils comme de couleur rouge et noire, pour se tatouer comme le font encore les peuplades primitives d'aujourd'hui? Je pencherais assez vers la seconde opinion, s'il faut en croire quelques découvertes de ce genre faites dans le Poitou.  M.Bailleau (1870)

Temps modernes

De Châtelperronien, un saut dans le temps jusqu'au XIX e siècle est nécessaire car nous n'avons pas d'autres informations. 

Par contre Mme Renée Gaillard et M. Louis Gaillard  nous apprennent dans leur mémoire intitulé,  Le Prieuré du Puy Saint-Ambroise, que " le minerai de fer a été exploité à ciel ouvert au siècle dernier de 1825 à 1847 d'une façon très intense."

La mine de fer de Saint-Léon est située sur le flanc N.-E.  du  puy Saint-Ambroise



Le minerai par Abel Viallet 

Minerai de fer - Le Puy Saint-Ambroise
Ce texte est tiré du livre d'Abel Viallet , Le Puy Saint-Ambroise, et en page  6, il écrit ceci : " Il existe au nord du puy Saint-Ambroise, les vestiges d'une mine de fer, qui se reconnaît par des anciennes tranchées et de bouleversements de terre, dont la majeure partie est reboisée naturellement dans un enchevêtrement de ronces inaccessibles.

L'exploitation prit fin au début du XXe siècle, les matériaux étaient alors chargés sur des tombereaux tirés par des bœufs  et étaient conduits par la route, jusqu'au port du canal à Diou. De là embarqués sur des péniches, ils étaient acheminés par voie fluviale jusqu'à la fonderie du Creusot. 

Cette exploitation occupait du personnel et en dernier lieu, c'était monsieur Potignat qui était le chef de chantier. Ce monsieur Potignat fit l'acquisition d'un terrain à proximité de l'exploitation pour y construire sa maison d'habitation. Cette maison fut habitée ensuite par ses descendants et sur ce terrain en bordure du village de Bologne, un autre descendant fit construire une  maison pour sa famille, anonyme à l'époque. De nos jours ce nom est devenu célèbre par l'un de ces quatre enfants, il s'agit du chanteur aveugle Gilbert Montagné connu de toute la France et à l'étranger par le succès de ses chansons. Ses parents reposent au cimetière de Saint-Léon."   

Qualité du minerai de fer

Le livre de Charles-Louis Boulanger, Statistique géologique et "minéralurgique" du département de l'Allier, nous donne des informations très précises. Voici quelques morceaux choisis :  

La mine de fer de St-Léon est située dans la commune de St-Léon, sur le flanc N.-E. de la montagne du Puy St-Léon ( puy Saint-Ambroise). Cette montagne est formée de schistes de transition au milieu desquels se trouvent des couches de quartz plus ou moins imprégnées de matières ferrugineuses. 

En quelques points l’oxyde de fer devient prédominant (57.8% de fer ), et la roche se change en un véritable minerai de fer formé d’hématite brune. 

Le fer produit avec ce minerai est en général cassant, ce qu'on peut attribuer à la présence d’une certaine quantité d’acide phosphorique. Cette circonstance a fait renoncer à l’emploi de ce minerai exploité autrefois pour l’usine du Creusot, et qui ne l’est plus qu’en petite quantité pour le fourneau de Servet à Saint-Voir.



Les forges de Saint-Voir

En 1822, une ordonnance royale a autorisé la création des forges de Saint-Voir, qui n’ont guère été mises en activité que vers 1828, époque vers laquelle fut aussi construite la forge de Vaumas.

Forge de Saint-Voir


La petite forge de Servet

Étang de Servet à Saint-Voir

Les forges de Servet sont situées dans la commune de Saint-Voir, sur un étang qui reçoit les eaux d’un petit affluent du ruisseau de Gouise. 

Construites vers Pannée 1822, les deux forges se composaient d’un haut fourneau et d’une forge française. Ses divers mécanismes étaient mis en mouvement par les eaux de l’étang. Le fourneau de Servet, de petite dimension, marche au charbon de bois, et ne brûlait guère que des minerais du Berry : à peine y passe-t-on par année cinquante tonnes ( 50 t. ) de minerais en roche de Saint-Léon. Le minerai en grains, provenant des minières de la commune de Menetou-Couture dans le Cher et autres, est transporté par le canal jusqu’à Dompierre, puis par le chemin de fer jusqu’à Vaumas, et de Vaumas aux forges par des chars à bœufs. 


En guise d’au-revoir  

Avant de vous quitter provisoirement, du moins je l'espère, je souhaite remercier les différentes personnes qui m'ont autorisé à prendre les photographies. Ainsi que Pierre Viallet pour ses informations, la Secrétaire communale de Saint-Léon pour la documentation, M. Devaux à Saint-Voir pour ses précieux conseils, le gérant du Contentoir pour la géographie et toutes les personnes avec lesquelles j'ai eu l'occasion de m'entretenir. Elles m'ont permis de me promener et de découvrir une nature et un patrimoine étonnants.

Place des voisins sympas à Saint-Voir


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